Notes/ La compagnie des confrères de la mort/ « Mihi, sed in sepulchro »

par delprat

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« Elle installa sa chambre au deuxième étage, dont elle fit peindre les murs de noir. Le décor était plutôt funèbre avec les attributs ordinairement réservés au deuil : croix, pelles et pioches de l’inhumation, cornes d’abondance déversant des larmes. Ce décor noir et argent était reproduit sur les tentures du lit et des fenêtres. Chenonceau se couvre de motifs funèbres, à la mesure du chagrin de la reine. Elle prend possession des appartements à l’Est, construits par Catherine de Médicis, entre la chapelle et la librairie. Sa chambre et un oratoire, au second étage du château, sont peints en noir avec une décoration lugubre, faite de larmes et d’ossements.

Veuve d’Henri III, elle fut l’une des dernières reines de France à prendre le deuil en blanc des souveraines sans descendance. Douze années durant, de 1589 à 1601, elle s’adonna à la prière, sa chambre tendue de velours noir semé de  centaines de larmes d’argent, le plafond recouvert de lugubres symboles : cordelières de veuve, couronnes d’épines, pelles et pioches de fossoyeur, crânes, plumes – pennes –  figurant les peines ; la chapelle, ornée d’un tableau du Christ à l’agonie,  constamment aménagée pour une messe funèbre. Partout le lambda de Louise et le H de Henri entrelacés, écho de la devise « Mihi, sed in sepulchro« , mien mais dans la tombe.

Ce faisant, Louise ne faisait qu’outrer la coutume qui voulait que les veuves royales restent recluses quarante jours, et les quinze premiers dans une chambre close drapée de noir à la lumière de cierges allumés jour et nuit. Elle se coulait aussi dans les formes dramatisées de dévotion que son défunt époux affectionnait, lui, qui en cette période d’extrême violence, cherchait le réconfort dans une spiritualité macabre dont les magnifiques reliures destinées à  la  Compagnie des confrères de la mort témoignent. »

53056243reliure confrerie de la mort

Confrérie créée par Henri III en 1585. Après avoir fondé plusieurs confréries de Notre-Dame composées de nombreux membres qui comprenaient à la fois des religieux et des laïcs, Henri III constitua un cercle plus sélectif de flagellants : la Compagnie des confrères de la mort, constituée de 19 membres. Les confrères se réunissaient une fois par semaine pour des prières et des litanies.Reliure macabre en maroquin brun 16e siècle, attribuée à Clovis Eve alors relieur du roi, exécutée vers 1586 : squelette tenant une faux et un sablier, sur un semis de larmes avec une tête de mort et deux tibias entrecroisés aux quatre coins, encadrement d’emblèmes mortuaires, dos long avec cercueil entre quatre chandeliers, entouré d’un semis de larmes.

Clovis Eve

Il connaît une remarquable longévité puisque son activité couvre près de quarante années d’exercice, au cours desquelles il propose aussi bien des reliures à semé que des reliures à décor de petits fers dit à la fanfare.

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